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CUBA FACE À L'EMPIRE : plus de 150 ans de lutte ! - avec Salim LAMRANI
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Bonjour à tous, aujourd'hui on a le plaisir d'accueillir Salim Lamrani, nous rend visite de la réunion donc salim spécialiste de cuba donc je te présente rapidement tu es professeur des universités en histoire de l'amérique latine spécialiste des relations entre cuba les états unis sans doute le meilleur connaisseur en france des réalités de cuba aujourd'hui d'après ignacio ramonet ancien directeur du monde diplomatique et tu as donc écrit de nombreux ouvrages sur cuba et ses relations avec les états unis Je vais notamment citer Cuba face à l'Empire, qui est sorti en 2006 et qui a été préfacé par Noam Chomsky. Tu as récemment sorti Au nom de Cuba, regard sur Carlos Manuel de Céspedes et José Martí, un ouvrage sur la guerre d'indépendance de Cuba à travers ces deux grandes figures de l'indépendance cubaine. Depuis plus de six décennies, les États-Unis imposent un état de siège à Cuba. Quelles sont les origines de ce conflit
UNKNOWN?
SPEAKER_01Tout d'abord, c'est un plaisir d'être ici au Café Marxiste. Effectivement, pour comprendre Le conflit actuel entre les États-Unis et Cuba, il faut remonter à l'origine de ce différent. Et pour cela, il faut effectuer un voyage au XIXe siècle. Il faut savoir que Cuba a été l'un des premiers problèmes de politique extérieure des États-Unis. Les États-Unis ont toujours voulu intégrer Cuba à l'Union américaine. En 1805, Thomas Jefferson expliquait que la position géostratégique de Cuba au sein du Golfe du Mexique, était une terre fondamentale à intégrer à l'Union américaine. Elle permettait de protéger la Floride et puis elle constituait un bastion qui faisait le lien avec le canal du Panama, le futur canal de Panama. Il avait ajouté Thomas Jefferson, troisième président des États-Unis si ma mémoire est bonne, que la conquête serait facile. Ensuite, en 1823, le secrétaire d'État, John Quincy Adams, qui était un visionnaire, avait élaboré la fameuse théorie du frimur et il expliquait qu'en En raison des lois de gravitation politique, Cuba tomberait un jour ou l'autre dans l'escarcelle états-unienne, entre les mains des États-Unis. Il expliquait qu'il existait les lois de gravitation physique. Quand une pomme se détache de son arbre et tombe au sol, elle est attirée par la loi de gravitation. Il ajoutait à cela, il y a également les lois de gravitation politique. Selon lui, au fil du temps, Cuba se rapprocherait des États-Unis en raison de son lien dénaturé avec l'Espagne, puisque c'était une colonie espagnol depuis 1492 et sa découverte, et qu'avec le développement du commerce entre les États-Unis et Cuba, l'île se détacherait de la mer colonisatrice pour se rapprocher des États-Unis. D'ailleurs, durant toute la première partie du XIXe siècle, les États-Unis ont essayé à maintes reprises d'acquérir Cuba à l'Espagne. La dernière offre a été faite par le président Pierce, si ma meilleure bonne en Il avait formulé une offre de 130 millions d'euros pour acquérir l'île et l'intégrer à l'Union américaine. Bien entendu, les Cubains aspiraient à un autre destin que celui d'être engloutis par le puissant
SPEAKER_00voisin. Comment s'est déroulée la première guerre d'indépendance déclenchée par Carlos Manuel de Céspedes
UNKNOWN?
SPEAKER_00Quelles sont les raisons de son échec et quelle a été la position des États-Unis à ce moment-là
UNKNOWN?
SPEAKER_01Alors en 1868, les Cubains lancent leur premier grand mouvement émancipateur. La fameuse guerre de 10 ans menée par Carlos Manuel de Céspedes, qui était un propriétaire terrien, esclavagiste, et qui avait compris que le futur de l'île passait forcément par l'émancipation de l'Espagne. Il a, dans son fameux « Appel » de Yara, il a procédé à la libération de tous les esclaves, copiant le modèle haïtien. Il faut savoir qu'Haïti, qui est la première nation latino-américaine à obtenir son indépendance, a fait de la libération des esclaves le premier acte émancipateur, le premier acte politique de Cuba, d'Haïti à l'époque, en tant que nation. Et Cuba, qui est le dernier pays d'Amérique latine à obtenir son indépendance a fait également de la libération des esclaves l'acte fondateur de la nation cubaine. On ne pouvait exiger la liberté pour soi si l'on ne l'accordait pas à tous les enfants de Cuba. D'ailleurs, les esclaves affranchis ont joué un rôle fondamental dans la première guerre d'indépendance qui a duré 10 ans et qui va se solder sur un échec en raison notamment des divisions au sein des factions indépendantes. Le président de la République en armes, Carlos Manuel de Céspedes, était opposé au président du Congrès, Salvador Cisneros Betancourt, et ces divisions ont mené à l'échec. Pendant toute cette épopée émancipatrice, qui a duré une dizaine d'années, jusqu'au fameux Pacte de Sanjón, qui a acté un armistice sans liberté ni indépendance, les États-Unis ont soutenu résolument l'Espagne. Ils ne souhaitaient pas que Cuba puissent obtenir son indépendance pour une raison précise, c'est qu'ils escomptaient toujours intégrer ce fruit qui n'était pas encore mûr à leur union. Et c'est la raison pour laquelle ils ont soutenu politiquement et militairement l'Espagne durant toute la guerre d'indépendance.
SPEAKER_00Dans quel contexte apparaît la figure de José Marti
UNKNOWN?
SPEAKER_00Quelle est sa trajectoire personnelle et politique
UNKNOWN?
SPEAKER_01José Marti est né en 1853 et il va très tôt s'intéresser à l'avenir de son pays, au destin de son pays. Il s'engage dès son plus jeune âge contre l'esclavage et il analyse Il va faire de la prison en Espagne. Il va être condamné à l'âge de 17 ans. Et il va dédier sa vie à l'indépendance de sa patrie. On peut dire que José Martí est le théoricien de l'édifice patriotique. C'est le père de la nation cubaine. C'est l'apôtre de l'émancipation. La première chose que va faire José Martí, c'est d'analyser en profondeur les raisons de l'échec de la première guerre d'indépendance, la fameuse guerre des 10 ans. Il va se rendre compte que les divisions au sein des factions indépendantistes ont été à l'origine de cet échec. Il va donc consacrer tous ses efforts à la fédération de toutes les forces patriotiques et il va créer en 1892 le parti révolutionnaire cubain pour permettre à tous les éléments favorables à l'émancipation de s'unir sous un même drapeau pour lancer ce qu'il appellerait la guerre nécessaire. José Martí a vécu 18 ans aux États-Unis et était au courant des aspirations hégémoniques, des aspirations impérialistes des États-Unis. Il avait souligné que le plus grand danger pour l'indépendance de Cuba, c'était les États-Unis et leur volonté d'aspirer l'île dans leur giron. C'est d'ailleurs pour laquelle il va, dans l'un de ses derniers courriers, juste avant la deuxième guerre d'indépendance, souligner qu'il fallait impérativement sauvegarder l'indépendance de l'île, la conquérir et la sauvegarder en pointant du doigt le danger représenté par les États-Unis.
SPEAKER_00Et à ce moment-là, comment se déroule la seconde guerre d'indépendance, qui a lieu de 95 à 98, si je ne me trompe pas, et quelle est l'attitude des États-Unis durant le conflit
UNKNOWN?
SPEAKER_01Alors à la fin de la première guerre d'indépendance, il y a eu, donc en 1878, il y a eu ce que l'on appelait la petite guerre, lancée notamment par Antonio Maceo, le titan de bronze, qui refusent le pacte de Sanjón, qui enterrine un armistice sans liberté ni indépendance. Donc il y a ce mouvement qui dure deux années, de la petite guerre, qui n'a pas d'effet positif, si ce n'est celui de marquer la décision résolue des Cubains à conquérir leur liberté. En 1895, José Martí lance donc la fameuse guerre nécessaire, la deuxième guerre d'indépendance, où est même la troisième guerre d'indépendance, puisque si on prend en compte celle de la guerra chiquita, la petite guerre, il s'agit du troisième mouvement émancipateur. Elle dure trois ans. Les Cubains rapidement dominent les Espagnols. Sur le champ de bataille, ils remportent victoire sur victoire. En 1898, au moment où les Cubains sont sur le point de conquérir leur indépendance, les États-Unis interviennent militairement pour empêcher les forces patriotiques de conquérir la liberté après plus de 30 années de lutte. Et c'est là que va s'imposer... la domination impériale des États-Unis dans l'île. Les États-Unis, les archives sont disponibles pour cette période. On souligne que les États-Unis soulignent qu'une victoire, soulignent à l'époque qu'une victoire de l'Espagne sur le champ de bataille était impossible. Et ils interviennent au moment où les Cubains sont sur le point de conquérir leur liberté pour occuper l'île et empêcher le peuple d'atteindre son aspiration, à savoir l'indépendance de sa patrie. Il faut savoir que lorsque les États-Unis interviennent en 1898, ils commettent même l'offense d'empêcher l'un des vétérans de la lutte d'indépendance, Calixto García, d'entrer dans la ville de Santiago. Le premier drapeau qui est hissé dans le ciel de Santiago après la défaite de l'Espagne, ce n'est pas le drapeau cubain, mais le drapeau des États-Unis, enterrinant la nouvelle domination impériale des États-Unis sur l'île. Telle était la volonté des États-Unis, c'est-à-dire s'emparer de l'île. Et pour eux, 1898 était l'année où le fruit cubain était arrivé à maturité.
SPEAKER_00Et donc après cela, quelle a été la réalité de la République cubaine dans les premières décennies du XXe siècle
UNKNOWN?
SPEAKER_01Alors en 1898, les États-Unis interviennent militairement dans le pays. Ils occupent l'île. Ils imposent un gouverneur, Léonard Wood. Et donc Cuba... au début du XXe siècle, décide d'élire une assemblée constituante pour rédiger une nouvelle constitution et enteriner l'avènement d'une république d'une ère supposée nouvelle et libre. Donc, lorsque cette assemblée constituante se réunit, les États-Unis décident d'imposer un amendement au nouveau texte, le fameux amendement plate. Que stipulait l'amendement plate
UNKNOWN?
SPEAKER_01Plusieurs choses. C'est un texte relativement court, mais qui détruisait toute notion d'indépendance pour l'île. Selon l'amendement plate, les États-Unis devaient pouvaient intervenir militairement dans les affaires internes de Cuba dès lors qu'ils estimaient cela nécessaire. Cuba ne pouvait pas signer d'accord, quel qu'il soit, avec une puissance étrangère, avec une nation étrangère, sans l'accord des États-Unis. Autre point, et c'est sans doute celui qui est le plus connu, Cuba devait louer une partie politique de son territoire souverain aux États-Unis afin qu'ils y construisent une base militaire, la fameuse base navale de Guantanamo. C'est un contrat qui est extrêmement particulier puisqu'il avait une durée de 99 ans et il pouvait être renouvelé indéfiniment à partir du moment où l'une des deux parties était d'accord pour le renouveler. De facto, la première réaction de l'Assemblée Constituante lorsqu'elle a été confrontée à un tel texte, à un tel amendement, a été un mouvement de refus. L'Assemblée Constituante a voulu, le premier mouvement de cette Assemblée, était de rejeter l'amendement plate parce qu'il réduisait en miettes toute notion d'indépendance. Mais les États-Unis ont imposé le dilemme suivant aux Cubains. Soit on intègre l'amendement plate à la Constitution, soit... l'occupation militaire perdure. Donc, après un vif débat au sein de cette assemblée constituante, à une petite majorité, 14 voix contre 11, on décide qu'il valait mieux une république imparfaite que pas de république du tout. Et c'est ainsi que naît la république néocoloniale, où les États-Unis constituent la principale force au sein du pays. Quelle a été la conséquence de cet amendement plate
UNKNOWN?
SPEAKER_01C'est simple. Les gouvernements qui se sont succédés ont été des gouvernements faibles, des gouvernements soumis, des gouvernements impopulaires. Il faut savoir que le premier président de la Nouvelle République supposée indépendante était Thomas Estrada Palma, un annexionniste convaincu qui avait vécu près de 30 ans aux États-Unis et qui avait été et qui se trouvait au moment de l'élection aux États-Unis.
SPEAKER_00Quand tu dis annexionniste, c'est qu'il était en faveur de l'annexion de Cuba par les
SPEAKER_01États-Unis
UNKNOWN?
SPEAKER_01Sa mentalité était annexionniste, c'est-à-dire qu'il était convaincu que le destin de Cuba ne pouvait être séparé de celui des États-Unis. Bien entendu, il était loin de représenter les aspirations de l'immense majorité des Cubains, qui étaient une aspiration d'avoir une patrie souveraine et indépendante. ayant des relations avec le puissant voisin, mais des relations basées sur l'égalité, sur la réciprocité, sur la non-ingérence dans les affaires internes. Et la réalité a été toute autre. Donc du coup, qu'est-ce qu'il y a eu durant les premières décennies du XXe siècle
UNKNOWN?
SPEAKER_01Ça a été tout simplement une république affaiblie, une république néocoloniale, où les États-Unis intervenaient constamment dans les affaires internes. D'ailleurs... l'amendement plate a été rapidement mis à exécution, puisque les États-Unis sont intervenus militairement en 1903, en 1906, en 1909, en 1912, en 1924. Il est une anecdote qui permet d'illustrer la réalité de ces rapports asymétriques entre le puissant voisin et la naissante Cuba. En 1920, Le président des États-Unis, Woodrow Wilson, décide d'envoyer un représentant spécial dans l'île, Enoch Crowder. Mais il n'en informe pas le président en exercice à Cuba, Manuel García Menocal. Lorsque Manuel García Menocal découvre qu'un émissaire spécial est sur le point d'arriver dans l'île, il s'en émeut dans un courrier diplomatique et il exprime sa surprise. Quelle a été la réponse écrite dans un courrier diplomatique diplomatique de Woodrow Wilson. Je le cite de mémoire, le président des États-Unis estime qu'il n'est pas nécessaire d'informer le président de la République de Cuba pour l'arrivée de ce représentant spécial. Donc, telle était la réalité des relations entre les deux pays où le président des États-Unis pouvait humilier par écrit dans un courrier officiel le premier magistrat de la nation. Et c'est quelque chose qui a profondément meurtri les Cubains et qui est resté dans la mémoire collective. C'est quelque chose qu'il faut avoir en tête pour comprendre le tourbillon de 1959.
SPEAKER_00À quel moment émerge la figure de Batista, qui occupera la scène politique durant plusieurs décennies de la Cuba pré-révolutionnaire
UNKNOWN?
SPEAKER_00Et quel est son rôle dans la révolution de 1933
UNKNOWN?
SPEAKER_01Alors en 1933, éclate une révolution contre le gouvernement dictatorial de Gerardo Machado qui était un allié intime des États-Unis et qui avait transformé son gouvernement qui était au départ « démocratique » en une tyrannie puisqu'unilatéralement il décide de prolonger son mandat de six ans. Éclate une révolte populaire menée notamment par les étudiants. Apparaît la figure de Fulgencio Batista qui était à l'époque un jeune sergent, qui se dresse contre la dictature de Machado. Il se présente comme étant le symbole des aspirations ou le défenseur des aspirations des Cubains à une ère nouvelle, c'est-à-dire davantage de justice sociale et davantage de souveraineté nationale. Mais Batista trahit dès les premiers instants son engagement en se réunissant avec l'ambassadeur des États-Unis, Sproul-Braden, et il commence à conspirer contre la révolution de 1933. De cette révolution va émerger un gouvernement, la fameuse Pentarchie, puisque ça a été un gouvernement avec cinq éléments, dominé par un professeur universitaire qui était Ramón Grauza Martín, qui deviendrait président de la République quelques années plus tard, et qui est à l'époque, en 1933, un progressiste. Ce gouvernement, qui est connu comme le gouvernement des 100 jours, puisqu'il va être renversé par la conspiration de Batista et de l'ambassadeur des États-Unis, en réalité il va durer 127 jours, va prendre quelques mesures sociales qui vont dans le sens exigé par les Cubains, mais il ne va pas pouvoir aller plus loin puisque... Au bout de quatre mois, Batista fait renverser Ramón Grauza Martín. Les États-Unis refusent de reconnaître le gouvernement de Ramón Grauza Martín. Et dans des documents diplomatiques, ils en expliquent la raison. Je cite de mémoire, « Aucun président de Cuba ne peut survivre sans notre reconnaissance officielle. » Ce que les États-Unis et Batista vont réussir à faire, puisque rapidement, on va imposer de nouvelles figures qui, trahissant les aspirations populaires, vont continuer à maintenir le système en place. La seule vertu de la révolution de 1933, ça a été l'abrogation partielle de l'amendement plate en 1934, puisque les États-Unis s'étaient rendus compte que cet instrument était... inefficace, impopulaire et obsolète. Les multiples interventions militaires suscitaient l'exaspération des Cubains et l'ire des latino-américains qui voyaient le puissant voisin intervenir dans les affaires internes d'un petit pays. Du coup, ils se sont dit qu'ils allaient adopter une nouvelle doctrine, à savoir se baser non plus sur l'amendement plate pour protéger leurs intérêts économiques, mais sur un homme fort avec l'émergence de Fulgencio Batista.
SPEAKER_00Qu'appellent-on ensuite les gouvernements authentiques de Ramón Grau San Martín et de Carlos Prioso Caras entre 1944 et 1952
UNKNOWN?
SPEAKER_01Alors Batista va gouverner en coulisses de 1933 à 1940. En 1940, on adopte une nouvelle constitution qui était progressiste pour l'époque, mais comme on va le voir rapidement, les décrets d'application ne seront jamais adoptés. Donc c'est un texte qui était bon, progressiste pour l'époque, mais qui n'était pas mis en application. Batista va être élu dans des élections qu'on peut considérer démocratiques, même si le code électoral de l'époque favorisait son élection. Je ne vais pas donner davantage de détails. parce que c'est un peu technique. Il a gouverné disons de façon démocratique de 1940 à 1944 et en 1944 est arrivée une période dite de pouvoir authentique dominée par deux figures Ramón Grauza Martín, le fameux leader du gouvernement de 1933 mais qui n'était plus le révolutionnaire et le progressiste de l'époque mais un bourgeois installé qui s'est évertué à maintenir le système en place. Les deux lui a succédé ensuite Carlos Prioso Carras, en 1948, qui était son premier ministre. Et on peut dire que cette période a été marquée par la violence politique et la corruption. La corruption généralisée, détournement de fonds publics, qui a fait qu'à partir de... de la fin des années 40, va émerger une nouvelle figure politique, Eduardo Chivas, du parti orthodoxe, qui va dénoncer la corruption généralisée et qui va être un peu le symbole de la jeunesse de l'époque. D'ailleurs, Fidel Castro était membre de ce parti orthodoxe.
SPEAKER_00Et ensuite, quelles sont les raisons du coup d'état de Batista en 1952
UNKNOWN?
SPEAKER_00Et à quel moment va émerger la figure de Fidel Castro dont tu Alors,
SPEAKER_01en juin 1952, sont prévues des élections générales. Batista souhaite se représenter et se faire réélire. Mais il sait que les sondages lui sont défavorables et qu'il n'arrivera pas à obtenir le... les suffrages de ses concitoyens. Il décide donc, le 10 mars 1952, avec le soutien des États-Unis, de rompre l'ordre constitutionnel et de s'imposer par la force. Rapidement, il va augmenter le salaire des officiers militaires et de la police pour pouvoir asseoir, bénéficier du soutien des forces répressives. Et il va inaugurer une période d'une dizaine d'années, d'une dizaine d'années, jusqu'en 1959, une période de fin 58 plutôt, de 6 ans de dictature militaire. Fidel Castro, à l'époque, était un jeune militant du parti orthodoxe, un jeune avocat, qui aspirait à... qui était candidat pour les élections au Congrès. Donc, l'une des premières actions que va mener Fidel Castro devant les tribunaux, c'est de dénoncer, par les voies légales, le coup de force de Fulgencio Batista. Bien entendu, cette action n'aura aucune suite puisque les tribunaux étaient soumis au nouveau régime. Et c'est la raison pour laquelle il va comprendre que la seule voie pour rétablir l'ordre constitutionnel et respecter la volonté des Cubains, c'est la voie armée.
SPEAKER_00Et alors que se passe-t-il ce fameux 26 juillet 1953 avec l'assaut contre la caserne Moncada
UNKNOWN?
SPEAKER_00Comment se déroulent les événements
UNKNOWN?
SPEAKER_01Alors Fidel Castro réunit un groupe de jeunes militants orthodoxes, des ouvriers, des étudiants, qui sont 130 à peu et il décide de mener une opération militaire contre la caserne Moncada, la deuxième forteresse militaire du pays. Alors d'un point de vue opérationnel, c'est un échec complet, puisque les assaillants se dispersent, sont surpris par l'armée, et ça a été une boucherie totale. La plupart ont été capturés et exécutés de sang-froid. Fidel Castro arrive à se réfugier dans les montagnes, et il est capturé par un groupe de soldats qui ont or de l'éliminer. Il ne doit sa vie qu'à l'honneur d'un sergent, Pedro Sarria, qui refuse d'exécuter de sang-froid le jeune rebelle et décide de l'amener en prison en passant devant les bureaux des journalistes afin que l'on voit qu'il était toujours en vie et qu'il ne soit pas exécuté derrière les barreaux. Donc Fidel Castro passe au tribunal, il assure lui-même sa propre défense dans ce fameux plaidoyer réquisitoire connu comme l'histoire Makitra où il adopte ce que l'on appelle la défense de rupture qui sera adoptée également par un fameux, un célèbre avocat réunionnais notamment pendant la guerre d'Algérie Jacques Vergès où d'accusé il met, il place sur le banc des coupables, le régime de Batista, en pointant du doigt que c'était le régime de Batista qui avait rompu l'ordre constitutionnel, qui avait trahi la volonté des Cubains, qui avait réprimé le peuple et qui s'imposait par la force armée. Il va être condamné à 15 ans de prison. Mais au bout de deux ans, il va être libéré parce que Batista, souhaitant donner une nouvelle image à son régime et s'estimant en sécurité, décide de libérer les assaillants survivants du Mont Kadha, lesquels vont bien entendu poursuivre leur lutte sous d'autres
SPEAKER_00contrées. Ils poursuivent la lutte notamment par la guérilla. Comment se déroule la guerre de Guerilla qui est déclenché en 1956 avec le fameux débarquement des Barbudos. Et quelle est la position des États-Unis durant cette guerre insurrectionnelle qui va durer 25 mois
UNKNOWN?
SPEAKER_01Alors à sa sortie de prison, Fidel Castro crée un mouvement, le mouvement 26 juillet. Il va être contraint à l'exil et il va préparer, il va se rendre compte que la seule issue est celle de la voie armée. Donc il va se rendre au Mexique, qui a toujours été historiquement une terre d'asile pour les... les réfugiés politiques du continent. Il va préparer son groupe de 81 révolutionnaires, dont fera partie le Che, puisque Fidel et le Che se rencontrent au Mexique, dans la fameuse demeure de María Antonia, qui était un peu la mère des exilés cubains. Il prépare ça pendant de longs mois, et le 2 décembre 1956, il débarque, après une traversée tumultueuse, qui dure 7 jours au lieu de 5 jours, dans la fameuse plage fameuse plage de Las Coloradas dans la partie orientale de l'île. Pareil, le débarquement est un échec. Ils sont surpris par l'aviation de Batista. Ils sont dispersés, mais ils arrivent à se retrouver et à lancer le mouvement insurrectionnel. Il va durer 25 mois. Il va permettre aux Cubains de rallier au moins politiquement. le mouvement de Fidel Castro, il faut savoir que durant toute cette période insurrectionnelle, les États-Unis ont résolument soutenu le régime de Batista. Jusqu'au dernier instant, le 23 décembre 1958, c'est-à-dire une semaine avant l'avènement de la révolution cubaine et la fuite du général Batista, lors d'une réunion du Conseil de sécurité nationale, Alan Dules, le directeur de la CIA, décrète déclare, je le cite de mémoire, « Nous devons empêcher la victoire de Fidel Castro ». Donc l'hostilité au mouvement révolutionnaire, à la révolution cubaine, date bien avant l'avènement de ce mouvement. Bien avant, c'est pour ça que l'on va voir que le cadre de la guerre froide est dénué de fondement pour expliquer l'actuel conflit entre les États-Unis et
SPEAKER_00Cuba. Comment les États-Unis ont accueilli le nouveau gouvernement révolutionnaire en janvier 1959
UNKNOWN?
SPEAKER_00Que peux-tu nous dire de la politique de l'administration Eisenhower
UNKNOWN?
SPEAKER_01Le 1er janvier 1959, Fulgencio Batista prend la fuite. et c'est le triomphe de la révolution cubaine. L'administration Eisenhower a été hostile au mouvement révolutionnaire durant toute la période insurrectionnelle. Dès le 1er janvier 1959, l'administration Eisenhower, même si elle reconnaît, elle est contrainte de reconnaître officiellement le nouveau gouvernement de Manuel Urrutia, dirigé par le juge Manuel Urrutia, dès le 7 janvier, elle multiplie les actes hostiles. Le premier acte hostile vis-à-vis du nouveau pouvoir ça a été d'accueillir à bras ouverts les héritiers de l'ancien régime notamment les bourreaux et les tortionnaires coupables de crimes de sang le deuxième acte hostile ça a été de déclencher une campagne médiatique contre un le gouvernement révolutionnaire lorsqu'il a décidé d'appliquer la justice révolutionnaire contre les bourreaux coupables d'assassinats, de meurtres, de tortures, etc. Il faut savoir, donc, bien entendu, le gouvernement révolutionnaire a mal pris ces actes d'hostilité. Il est assez ironique de voir que l'administration qui avait soutenu la tyrannie de Batista, qui avait fait 20 000 morts, on ne peut pas dire que l'administration des États-Unis ignorait ce qui se passe à Cuba, puisque les rapports remis par les ambassadeurs, les ambassadeurs successifs des États-Unis dans l'île, faisaient état de torture, de disparition forcée, de d'exécution sommaire, etc. Ils n'ont dit un mot durant toute la période insurrectionnelle sur Batista et dès lors que la justice révolutionnaire s'est mise en place, on a exigé du gouvernement que les règles de droit soient respectées. Il était les Cubains ont rapidement compris que l'objectif de l'administration Eisenhower était de discréditer le nouveau régime, de le présenter comme étant un gouvernement sanguinaire. Pour donner quelques chiffres, durant les trois premiers mois de 1959, il y a eu à peu près 500 exécutions. Les observateurs de l'époque, y compris les congressistes des États-Unis, qui ont assisté au tribunal, au jugement au sein des ont déclaré que dans n'importe quel autre pays, ces gens-là auraient le même sort donc ont été condamnés à la peine capitale d'ailleurs les tribunaux révolutionnaires ont été mises en place pour éviter que la population se fasse justice elle-même pour éviter que survienne ce qui est arrivé notamment en france à la libération en france à titre de comparaison il y a eu dix mille exécutions dont 9000 extrajudiciaires ça c'est la réalité des chiffres donc les états Et que fait ensuite l'administration Eisenhower
UNKNOWN?
SPEAKER_01Elle prend rapidement la décision. Elle se rend compte qu'elle a affaire à un gouvernement qui souhaite reprendre en main les destinées de la nation et qu'elle ne pourra plus imposer sa volonté comme ça a été le cas durant des décennies. Rapidement, les États-Unis décident de procéder à un changement de régime. Ils multiplient les actions hostiles, les attentats terroristes et paramilitaires contre l'île et imposent à partir de juillet 1960, les premières sanctions économiques, en supprimant le quota sucrier, qui était la principale source de revenus de Cuba. Il faut savoir également que les États-Unis ont fait tout leur possible pour que Cuba se rapproche de l'Union soviétique. Les États-Unis, dans les documents qui sont aujourd'hui déclassifiés, je cite une notre pression, Castro se rapprochera inévitablement de l'Union soviétique et cela sera un développement favorable pour nous. Pour quelle raison
UNKNOWN?
SPEAKER_01Ils ont imposé les premières sanctions économiques dans le but d'étouffer l'île en sachant que l'Union soviétique proposerait son aide pour pouvoir ensuite pointer du doigt Lille est dire le gouvernement de Fidel Castro est un satellite de l'Union soviétique et justifier les futures mesures de représailles. C'est la réalité des archives. Les États-Unis ont tout fait pour que Cuba se rapproche de l'Union soviétique. L'histoire de la vente d'armes est illustrative. Cuba, qui avait des accords de coopération avec les États-Unis, demande à ce que les livraisons d'armes qui ont déjà été signées lui soient respectées, notamment à une époque où commençaient les incursions aériennes de Floride qui lançaient des bombes dans le pays. Ensuite, face au refus des États-Unis, Cuba se tourne vers l'Europe occidentale, notamment l'Angleterre, la France et la Belgique. La France du général de Gaulle émet un refus, alors que quelques mois auparavant, elle avait accepté de vendre des armes au dictateur Trujillo, manifestement à l'époque Paris avait ses préférences. L'Angleterre qui s'apprête à fournir des armes à Cuba se voit mise sous pression par les États-Unis, qui exigent de Londres de ne pas fournir ses armes. Un seul pays, tous les pays européens, subissent le même genre d'oppression. Un seul résiste, la Belgique, qui décide tout bonnement de maintenir les rapports avec la Havane. Une livraison d'armes en provenance de Belgique arrive à Cuba le 4 mars 1960, à bord d'un bateau français, le fameux bateau La Couvre, et une mystérieuse explosion se produit qui fait plus d'une centaine de victimes. Les Cubains sont convaincus qu'il s'agit d'une opération des Etats-Unis. L'ancien ambassadeur des Etats-Unis à Cuba, Wayne Smith, dans un entretien, a déclaré qu'il n'avait pas d'informations à ce sujet, mais que la CIA avait probablement réalisé ce type d'action. Donc la seule porte de sortie qu'il restait pour Cuba, c'était une alliance stratégique avec l'Union soviétique.
SPEAKER_00Et donc, quelle a été plus généralement la politique des États-Unis vis-à-vis de Cuba jusqu'en 1989 et la chute du mur de Berlin
UNKNOWN?
SPEAKER_01Alors, il est intéressant de remarquer que la rhétorique diplomatique des États-Unis pour justifier l'état de siège imposé à Lille a fluctué au fil des ans. Lorsqu'Eisenhower impose les premières sanctions économiques, il déclare que c'est en raison du processus de nationalisation et d'expropriation qui affectaient les intérêts des États-Unis. Soit dit en passant, les Cubains n'ont pas confisqué les propriétés. Ils ont exproprié et nationalisé en proposant une indemnisation. Cette indemnisation se basait sur les déclarations fiscales des entreprises lésées. Or, les entreprises, notamment les états-uniennes pour évader le fisc déclarait une valeur qui était de 20% de la valeur réelle. Du coup, bien entendu, la proposition faite par les autorités cubaines n'ont pas satisfait ses propriétaires. Il faut savoir que tous les autres pays affectés, la France, l'Italie, l'Allemagne, la Belgique, l'Angleterre, ont accepté le processus de nationalisation et d'expropriation qui, je le rappelle, est, selon le droit international, une prérogative souveraine de tout État pour l'intérêt général, un État peu nationalisé. Et c'est à lui de décider des conditions d'indemnisation. C'est ce que stipule le droit international public. L'administration Eisenhower a intimé l'ordre aux entreprises américaines de n'accepter aucun accord pour pouvoir justement avoir cet argument pour lancer leur politique hostile. Pourquoi les États-Unis ont... En réalité, ce n'est pas tant la somme Désentérilisé
UNKNOWN?
SPEAKER_01qui dérangeaient les États-Unis. Au total, il y a eu à peu près 800 millions de dollars de propriétés nationalisées, qui, je le rappelle, allaient être indemnisées. Les États-Unis étaient opposés notamment à la réforme agraire, pas tant en raison des pertes subies dans l'île, mais en raison de l'exemple que cela représentait pour le reste de l'Amérique latine et du tiers-monde. Parce que si un petit pays comme Cuba, dernière colonie du continent, aux ressources extrêmement limitées, victimes de fatalisme géographique, puisque la distance avec les États-Unis, c'est 150 km, arrivent à mettre en place une réforme agraire ambitieuse qui porte atteinte aux intérêts des États-Unis, cela représentait un danger beaucoup trop grand, puisque d'autres pays du continent et du tiers-monde pouvaient s'inspirer de ce modèle pour, eux également, reprendre en main leurs ressources naturelles et leur destin. C'est la raison fondamentale qui explique l'actuelle imposition d'un état de siège des États-Unis contre Cuba. Donc je disais, le prétexte de l'administration Eisenhower, ça a été les nationalisations. Ensuite, lorsque Kennedy impose les sanctions économiques totales en février 1962, il explique que c'est en raison de l'alliance avec l'Union soviétique. On a vu que les États-Unis avaient fait tout leur possible pour que Cuba se rapproche de l'Union soviétique. Durant les premières années 1959 et 1960, les Cubains ont tout fait pour entretenir des relations cordiales avec les États-Unis. Bien entendu, ils souhaitaient des relations nouvelles, basées sur l'égalité souveraine, sur la réciprocité, sur la compréhension des réalités de l'île et surtout sur la non-ingérence dans les affaires internes. Ensuite, dans les années 70-80, les différentes administrations états-uniennes vont justifier le maintien de cette politique hostile en raison du soutien apporté par cuba au mouvement révolutionnaire et indépendantiste à travers le monde notamment en afrique ensuite en 1989 à chute du mur de berlin en 1991 disparition de l'union soviétique on aurait pu imaginer que les états unis normaliserait les relations avec cuba étant donné que le principal danger le principal ennemi entre guillemets l'union soviétique Que s'est-il passé
UNKNOWN?
SPEAKER_01Exactement le contraire. Les États-Unis ont procédé à une recrudescence des sanctions contre Cuba.
SPEAKER_00Donc là, c'est notamment à partir de 1992, il me semble, il y a une loi. C'est ça. Est-ce que tu peux nous détailler comment les États-Unis ont réagi après la disparition de l'Union soviétique dans ses rapports avec Cuba
UNKNOWN?
SPEAKER_01Alors, 1989, chute du mur de Berlin, 1991, effondrement de l'Union soviétique, Cuba perd du jour au lendemain son principal partenaire stratégique. Cuba perd du jour au lendemain... 85% de son commerce extérieur. Le PIB cubain chute de 30 points. C'est la pire crise économique de l'histoire du pays. Les Cubains se retrouvent démunis, abandonnés à leur sort. La diète calorique quotidienne des Cubains est divisée par deux. L'économie est paralysée. Il n'y a plus aucune ressource énergétique. Et c'est dans ce contexte d'extrême difficulté, où les Cubains luttent pour leur survie, que les États-Unis décident non pas de normaliser les relations, comme le bon sens l'appellerait, mais d'accroître les sanctions économiques contre l'île avec l'adoption de la loi territorial. qui est une loi qui est une aberration juridique puisqu'elle est extraterritoriale. Que stipule la loi Torricelli
UNKNOWN?
SPEAKER_01Elle stipule entre autres que tout bateau étranger qui accosterait dans un port cubain se verrait interdire durant les six mois suivants l'entrée dans un port des États-Unis. Cuba se retrouvait isolée sur la scène internationale. Elle se retrouvait dans la nécessité absolue de développer son commerce avec les autres pays du monde et c'est à ce moment là que les états unis adoptent une législation dont le but est de brimer ce développement d'empêcher ce développement commercial vous imaginez les conséquences pour cuba les états unis constituent le premier marché mondial imaginez le scénario suivant cuba qui sollicite à un armateur français pour transporter de la marchandise avant la loi torricelli si le prix était de 100 à partir de l'adoption de la la loi Torricelli en 1992, le prix va être multiplié par 2, 3 ou 4. Cet amateur va expliquer aux Cubains qu'il n'a aucun problème avec eux, mais que si jamais il transporte cette marchandise, il va se retrouver avec une embarcation paralysée durant 6 mois. Et qu'étant donné que les États-Unis constituent le premier marché mondial, il a davantage d'intérêt économique à travailler avec les États-Unis qu'avec Cuba. Donc, soit il va tout bonnement refuser de transporter de la marchandise, soit il va exiger un prix exorbitant. C'est dans ce contexte que Cuba fait face à ce qu'on va appeler la période spéciale en temps de paix, qui est une période extrêmement difficile pour l'île.
SPEAKER_00Et ça, c'est possible parce qu'avec l'hégémonie du dollar et le système de Bretton Woods, les États-Unis contrôlent tout le système monétaire international. Ils peuvent appliquer des sanctions. Et là, tu montres qu'on a une notion d'extraterritorialité dans les sanctions. Ce n'est pas qu'un embargo qu'appliqueraient les États-Unis, mais c'est un véritable blocus qui empêche l'île de C'est
SPEAKER_01ça, puisque les sanctions économiques encore aujourd'hui ont une portée extraterritoriale, ce qui constitue une violation des principes. du droit international public. Une loi nationale ne peut pas être extraterritoriale. La loi française ne peut pas s'appliquer à l'Allemagne. La loi italienne ne peut pas s'appliquer en Italie.
SPEAKER_00C'est contraire au droit
SPEAKER_01international. C'est ça. La loi espagnole ne peut pas s'appliquer en Italie. La loi anglaise ne peut pas s'appliquer en Suisse. Or, la loi Torricelli s'applique à tous les pays du monde. Tous les pays du monde. Les États-Unis contreviennent au droit international et s'en moquent, puisque ce qui régit les relations internationales, ce n'est pas la force du droit, mais c'est le droit du plus fort. Et dans ce domaine, les États-Unis occupent une place prépondérante. Il faut rappeler que c'est l'administration démocrate qui va adopter les mesures les plus sévères contre Cuba. On va voir qu'il y a peu de différence, à l'exception de l'administration Carter et de l'administration Obama 2, on va voir qu'il y a très peu de différence en termes de politique étrangère vis-à-vis de Cuba. Les sanctions économiques totales ont été imposées par le démocrate Kennedy.
SPEAKER_00Justement, est-ce que tu peux nous parler un peu de l'évolution de la politique états-unienne entre les administrations Bush, Obama, Trump et aujourd'hui avec
SPEAKER_01Biden
UNKNOWN?
SPEAKER_01Alors en 1992, imposition de la loi Torricelli par Bush père. Quatre ans plus tard, arrivée du démocrate libéral dans le sens états-unien du terme, c'est-à-dire, j'ai presque envie de dire progressiste Clinton, que fait-il
UNKNOWN?
SPEAKER_01Il adopte la loi Hemsburton, qui est une aberration juridique puisqu'elle est à la fois extraterritoriale comme la Torricelli et rétroactive. C'est-à-dire qu'elle s'applique pour des faits survenus avant l'adoption de la loi. Ce qui est ce qui est une aberration juridique, que stipule la loi Helms-Burton. Elle sanctionne les entreprises étrangères qui... investirait dans l'île sur des propriétés qui ont été nationalisées dans les années 60 et qui ont appartenu à soit des entreprises états-uniennes, soit des citoyens cubains devenus états-uniens. Donc, application rétroactive d'une loi illégalité avec les principes fondamentaux du droit international. Le but, bien entendu, est d'étouffer l'île et d'empêcher que les investisseurs étrangers puissent travailler avec les Cubains. Vous imaginez le cas de figure suivant, une chaîne hôtelière européenne qui a deux projets, l'un en République dominicaine, l'autre à Cuba. Si avant, la loi Helms-Burton peut hésiter entre les deux destinations, après la loi Helms-Burton, en raison des compétences complications juridiques et des menaces imposées par les États-Unis, elle va opter logiquement pour la République dominicaine. Donc ça, ça a été la réalité de l'administration Clinton. Ensuite, en 2000, Bush arrive au pouvoir, le fils, après... coup d'état juridique j'ai envie de dire puisque c'est la cour suprême qui a désigné à majorité républicaine bouche comme le vainqueur des élections alors qu'al gore son adversaire avait remporté davantage de voix dès le départ il exprime son hostilité vis-à-vis cuba et en 2004 il adopte de nouvelles sanctions il crée une commission la fameuse commission d'assistance à une cuba libre qui impose de nouvelles sanctions à lille et notamment notamment l'un des aspects les plus importants de ces nouvelles mesures de rétorsion a été le fait de limiter les voyages de la communauté cubaine des États-Unis dans leur pays d'origine. De 2004 à 2009, De mai 2004 à septembre 2009, les Cubains des États-Unis ne pouvaient se rendre dans leur pays d'origine que 14 jours tous les 3 ans. Dans le meilleur des cas, il fallait démontrer qu'ils avaient un membre direct de la famille dans l'île. Alors pour nous, pour le commun des mortels, un membre de la famille, ça peut être une tante, un cousin, un neveu. Bush, mais Bush avait donné une nouvelle définition de la famille qui ne s'appliquait qu'aux Cubains. ne faisait partie de la famille que les grands-parents, les parents, frères et sœurs, mari et époux et les enfants. Donc le cubain des États-Unis, de Miami, qui n'avait qu'une tante à La Havane, ne pouvait plus jamais se rendre dans son pays d'origine. De la même manière, l'administration Bush a limité le montant des remessas, les transferts d'argent familiaux, à 100 dollars par mois. uniquement à destination d'un membre direct de la famille, selon la nouvelle définition donnée par son administration. Mais il y avait des exceptions à cela. Prenons le cas de figure suivant. Le cubain de Miami qui souhaite envoyer 100 dollars par mois à sa mère restée dans l'île. Il peut le faire à une condition. 1. Qu'elle ne soit pas membre du Parti communiste cubain. Pour information, il y a environ 3 millions de membres du Parti communiste dans l'île, si je ne m'abuse. Sur une population de 11 millions, on va dire 6 millions d'adultes, vous imaginez ce que cela représente. Et 2. Que cette maman ne travaille ni pour le ministère de l'Intérieur, ni pour les forces armées. Donc tel a été le cas. la conséquence des sanctions cruelles puisqu'elles divisaient la famille et ça a été des sanctions qui ont suscité l'opprobre bien entendu au Cuba mais également auprès de la communauté cubaine des Etats-Unis. Pour quelles raisons Bush avait-il imposé ces nouvelles mesures
UNKNOWN?
SPEAKER_01Deux fondamentales. La première était d'ordre économique puisque les remessas, les transferts d'argent constituent aujourd'hui la deuxième source de revenus du pays. La première source du revenu Ce sont l'exportation de personnel médical, la collaboration médicale qui est la première source de revenus pour Cuba. La deuxième, ce sont les remessas. Et la troisième, c'est le tourisme. Donc en adoptant ces restrictions, Bush s'attaquait à l'une des sources essentielles de revenus du pays. La deuxième raison était une raison politique. Il faut savoir que tous les Cubains des États-Unis sont considérés par le gouvernement comme étant des exilés politiques. Or, il y avait une contradiction entre cette affirmation et la réalité des flux migratoires. Avant mai 2004 et après mai 2009, la minorité des États-Unis qui se rendaient le plus souvent dans son pays d'origine, c'était les Cubains, bien plus que les Mexicains. On imagine mal un exilé politique chilien se rendre plusieurs fois par an au Chili pour y passer des vacances sous la dictature de Pinochet. On imagine mal un républicain espagnol exilés en France, se rendent plusieurs fois par an en Espagne pour y passer les fêtes sous le régime de Franco. On imagine mal un exilé politique argentin en faire de même sous la dictature des généraux. Or, les Cubains se rendaient plusieurs fois dans leur pays d'origine. Qu'est-ce que cela illustrait
UNKNOWN?
SPEAKER_01Et qu'est-ce que cela illustre
UNKNOWN?
SPEAKER_01C'est que l'immense majorité de la population cubaine des États-Unis est constituée dénigrés économiques qui aspirent à entretenir des relations normales et apaisées avec leur patrie d'origine. Et c'est la raison pour laquelle Bush a imposé ces nouvelles sanctions. Ensuite, en 2006, Bush a adopté un nouveau rapport de cette même commission qui a procédé à une recrudescence des mesures de rétorsion, et notamment l'aspect extraterritorial. Un exemple précis. Cuba... Si Cuba... souhaite vendre son nickel à un pays comme l'Allemagne, l'Allemagne se retrouve soumise à des menaces de sanctions. Mercedes, si Mercedes souhaite vendre sa production, ses voitures sur le marché des États-Unis, elle doit démontrer au département du Trésor que ses produits ne contiennent pas un seul gramme de nickel cubain. Si Danone souhaite vendre ses yaourts aux États-Unis, Danone doit démontrer au département du Trésor étasunien que ses yaourts ne contiennent pas un seul gramme de sucre cubain. Quelle est la conséquence pour l'île
UNKNOWN?
SPEAKER_01elle ne peut pas vendre directement son sucre aux États-Unis, ni son nickel, mais elle ne pourra pas le vendre ni à l'Allemagne, ni à la Corée du Sud, ni au Japon, ni aux principaux fabricants d'automobiles. Donc telle est la réalité extraterritoriale des sanctions économiques. C'est pour ça que limiter cet état de siège à un simple conflit bilatéral ne correspond pas à la réalité. Donc ensuite, lorsqu'Obama arrive au pouvoir, il supprime certaines sanctions, notamment celles concernant les voyages imposés par Bush. Il faut distinguer deux Obamas. Il y a Obama 1, la première administration, et Obama 2. Ce qui a changé, c'est au niveau de la rhétorique. Le discours a été plus diplomatique, plus apaisé, moins agressif. En termes de politique, Obama 1 a été... l'administration qui a imposé le plus grand nombre de sanctions aux entreprises étrangères ayant eu des rapports commerciaux ou financiers avec Cuba. Je rappelle que si la législation est faite par le pouvoir législatif, l'exécution de la loi revient au pouvoir exécutif. Par exemple, Obama a sanctionné BNP Paribas d'une amende record de 7,9 milliards de dollars, pas millions, milliards de dollars. notamment pour avoir réalisé des transactions financières avec Cuba en dollars, qui est le principal marché d'échange à travers le monde. Il faut rappeler que, je ne vais pas me faire l'avocat de BNP Paribas, mais BNP Paribas n'a violé aucune loi française, aucune loi européenne, aucune loi internationale. Elle a néanmoins été sanctionnée de cette amende record. et a dû s'en acquitter. De la même manière, simplement pour rester sur les entreprises françaises, Crédit Agricole a été sanctionné d'une amende de 686 millions de dollars pour les mêmes raisons. Ça c'est Obama 1. Obama 1, je le répète, est l'administration qui a sanctionné le plus les entreprises étrangères ayant eu des relations avec Cuba. Ensuite, on a eu l'Obama 2. Obama 2 s'est rendu compte, en définitive, que la politique hostile des États-Unis vis-à-vis de l'île était contre-productive. Au lieu d'isoler Cuba, ce sont les États-Unis qui se retrouvent isolés sur la scène internationale. Il faut rappeler que chaque année, aux Nations Unies a lieu un vote condamnant les sanctions. Les dernières en date, 187 pays ont voté Pour la levée des sanctions, seuls deux pays ont voté contre, les États-Unis et leur fidèle allié Israël. Donc Obama s'est rendu compte qu'il fallait adopter une nouvelle approche et opérer un changement d'ordre tactique. Et il a décidé d'entreprendre ce processus de rapprochement qui a débuté en 2014 avec Cuba, qui s'est concrétisé par l'ouverture d'ambassades, le rétablissement des relations diplomatiques, la levée de quelques mesures mondiales, imposée par son administration, mais les sanctions économiques en tant qu'instrument restaient en place. Donc le président Obama a modifié le discours officiel, a adopté un discours constructif. Il s'est même rendu dans un voyage historique en 2016 à la Havane, à Cuba. C'était la première visite d'un président des États-Unis en exercice depuis la visite de Calvin Coolidge en 1928. Donc c'est dire l'importance historique de ce déplacement. On peut dire, pour être fidèle à la vérité, qu'Obama est le président qui a fait le plus pour rapprocher les deux pays. Mais le président Obama a fait bien moins que ce que ses prérogatives en tant que chef du pouvoir exécutif lui permettaient. Par exemple, il appelait le Congrès à lever les sanctions économiques. Or, Obama, en tant que président des États-Unis, dispose du pouvoir nécessaire pour démanteler 90% du réseau de sanctions. Il y a simplement quatre aspects que le président Obama, et n'importe quel autre président des États-Unis, ne peut toucher sans l'accord du Congrès. Le président Obama Obama ne peut pas permettre que les États-Unis vendent des matières premières alimentaires à Cuba à crédit. En revanche, il peut permettre la vente de tout le reste du commerce non alimentaire à crédit. Deuxième aspect, il ne peut pas autoriser les filiales des multinationales installées à l'étranger d'avoir des rapports commerciaux avec Cuba. Ford, en France, ne peut pas avoir des rapports commerciaux avec Cuba. Mais il peut très bien permettre le commerce bilatéral entre les deux pays. C'est-à-dire qu'il peut permettre à l'entité Ford installée à Miami d'avoir des rapports commerciaux avec Cuba, de vendre des voitures à Cuba. Vous imaginez bien que s'il permet cela, Cuba n'a pas besoin de solliciter Ford au Panama, au Mexique Le troisième aspect, c'est que le président Obama ne peut pas permettre le tourisme ordinaire à Cuba. et n'importe quel président des États-Unis, sans l'accord du Congrès. En revanche, il a toute la latitude nécessaire pour définir ce qu'est un voyage académique, un voyage culturel, un voyage scientifique, un voyage de coopération. Ça, il peut le permettre. Il peut très bien, par exemple, élargir la définition du voyage culturel et dire que tout citoyen des États-Unis qui sera à Cuba dans le but de visiter un musée peut solliciter un visa culturel. En faisant ça, il permet... rétablit de facto le tourisme ordinaire sans avoir à passer par le Congrès. Le dernier aspect, le président Obama ne peut pas permettre les investissements états-uniens à Cuba sur des terres nationalisées dans les années 60 ayant appartenu à des multinationales états-uniennes. Mais il peut très bien permettre les investissements des États-Unis à Cuba sur les autres terres, même si les propriétés états-uniennes étaient nombreuses, elles n'englobaient pas toute l'île. Or Obama n'a pas pris ses mesures. Il n'a pas pris ces mesures parce que son objectif n'était pas d'opérer à revirement stratégique, c'est-à-dire d'accepter la réalité d'une Cuba souveraine et indépendante avec un modèle distinct, avec un système politique différent. Il souhaitait simplement opérer à un changement tactique en espérant que les liens la pénétration économique et culturelle favoriserait le point de vue des États-Unis et permettrait d'atteindre par ce biais-là les objectifs non atteints par la politique hostile. De mon point de vue, le président Obama commettait une erreur parce qu'à Cuba, tout le monde sait qu'aux États-Unis, on vit mieux d'un point de vue matériel. Tout le monde à Cuba connaît la réalité de la société étatsunienne. Tout simplement parce que vous avez entre autres un million de Cubains qui habitent aux Etats-Unis et qui ont des échanges permanents avec leurs familles restées dans l'île. Donc lorsque le Cubain émigre vers les Etats-Unis, il n'est pas surpris par ce qu'il découvre. En revanche, lorsque le touriste étatsunien arrive à Cuba, il est absolument étonné de la réalité qu'il découvre dans l'île. puisque pendant des décennies, on lui a vendu Cuba comme étant l'enfer de Dante, comme étant un goulag tropical, et lorsqu'il arrive dans l'île, il découvre une population éduquée, la sécurité dans les rues, un niveau d'éducation élevé, un système de santé performant, un niveau culturel avancé. Et il revient aux États-Unis en se posant la question de savoir pourquoi son gouvernement continue à imposer des sanctions économiques. C'est pour ça que le pari d'Obama, de mon point de vue, était voué à l'échec. Lorsqu'arrive Trump, en 2017, il opère un revirement de la politique étrangère des États-Unis et revient à la politique de sanctions en imposant durant son mandat pas moins de 242 nouvelles sanctions, c'est-à-dire plus d'une sanction par semaine chaque semaine durant les quatre années de son mandat. Il s'en est pris notamment aux trois principales sources de revenus du pays. Les services médicaux que Cuba exporte en faisant pression sur les pays pour qu'ils rompent les accords signés avec Cuba. En s'attaquant au tourisme en limitant les possibilités de voyage qui avaient été accordées par l'administration Obama et en limitant le montant des remessas à 300 dollars par trimestre. Il était revenu à la politique de Bush, qui était de 100 dollars par mois, il a simplement opéré au calcul par trimestre. Il a adopté plus de 50 mesures durant la crise du Covid. Cuba s'est retrouvé dans l'impossibilité d'importer des respirateurs. Telle a été la réalité des sanctions imposées par l'administration Trump. Ensuite, lorsque Biden est arrivé au pouvoir, Biden qui, je le rappelle, était le vice-président d'Obama, il aurait pu procéder à un retour à la politique d'Obama, il n'en a rien fait. A ce jour, il n'a quasiment rien changé des sanctions imposées par son prédécesseur et c'est ce qui explique aujourd'hui la raison les difficultés économiques qu'il y a dans l'île, la responsabilité dans la situation difficile que vit actuellement le pays est extrêmement importante.
SPEAKER_00Et pourquoi, selon toi, ce conflit persiste-t-il plus de trois décennies après la fin de la guerre froide
UNKNOWN?
SPEAKER_01Je crois que les États-Unis sont dans l'incapacité psychologique à reconnaître la réalité d'une Cuba souveraine et indépendante. Et c'est ce qui explique pourquoi ils maintiennent cet état de siège plus de 30 ans après l'effondrement de l'Union soviétique. Ce qui démontre d'ailleurs que le cadre de la guerre froide n'est pas pertinent pour expliquer ce conflit asymétrique et unilatérales, parce que je le rappelle, ce sont les États-Unis qui imposent des sanctions à Cuba. Ce sont les États-Unis qui souhaitent un changement de régime à Cuba. Ce sont les États-Unis qui occupent illégalement une partie du territoire souverain de Cuba. Ce sont les États-Unis qui mènent une campagne politique, médiatique, diplomatique, internationale de discrédit contre Cuba. Les États-Unis ont vu leur rêve d'obtenir ce fruit mûr, s'effondrer le 1er janvier 1959. Et c'est ce qu'ils ne pardonnent pas aux Cubains. Ils ne pardonnent pas aux Cubains de leur avoir dit non. C'est un peu la réaction du maître face à l'esclave qui a brisé les chaînes et qui a lancé un mouvement rebelle. Le but, c'est d'en faire un exemple et de sanctionner le plus durement possible les Cubains pour montrer aux autres pays qui seraient attirés par, pas tant pour copier le modèle cubain, mais pour reprendre en main leurs ressources naturelles et décider de leur propre sort qu'ils devraient faire face à des sanctions impitoyables de la part des États-Unis. Ce n'a rien à voir avec ni la démocratie, ni les droits de l'homme, ni le parti unique. La réalité c'est l'incapacité des États-Unis à accepter la réalité d'une Cuba souveraine et indépendante.
SPEAKER_00Et justement, pour terminer, on va s'intéresser plus à ce qui se passe à Cuba, en interne, même si c'est bien sûr lié à la situation impérialiste des États-Unis. Peux-tu nous dire pourquoi il y a-t-il un parti unique à Cuba
UNKNOWN?
SPEAKER_00Parce que c'est une critique qui revient souvent. Est-ce que cela ne pose pas de problème démocratique, selon
SPEAKER_01toi
UNKNOWN?
SPEAKER_01Alors, pour comprendre le fait, la réalité d'un seul parti unique à Cuba, il faut remonter à 1892. On avait parlé au début de cet entretien de l'objectif principal de José Marti, lorsqu'il a créé le parti révolutionnaire cubain, de fédérer les forces indépendantistes au sein d'une même structure, pour éviter les divisions face à l'ennemi. En 1959, lorsque Fidel Castro arrive au pouvoir, je rappelle que Fidel Castro n'a jamais été avant 59 militant du parti communiste. La première chose qu'il fait, c'est de fédérer les différentes factions révolutionnaires au sein d'une même structure. Il a d'abord créé les organisations révolutionnaires intégrées, qui a réuni, regroupé le mouvement 26 juillet, le parti socialiste populaire et le directoire révolutionnaire des étudiants. Parce qu'il savait que pour faire face à l'hostilité déclarée des États-Unis, il devait unir les forces parce que sans cela, la défaite était assurée. Donc par la suite, c'est devenu en 1965, le parti communiste cubain. Mais il faut souligner qu'à Cuba, le parti communiste a un rôle idéologique, a un rôle fédérateur, mais n'a pas de rôle électoral. En France, nous avons une multitude de partis politiques. Selon le ministère de l'Intérieur, il y a en France 300 partis politiques. Et le rôle de ces partis est un rôle électoral. À Cuba, la législation interdit au Parti communiste cubain de désigner les candidats pour les élections. D'ailleurs, contrairement à ce qui se passe dans nos pays, on ne peut pas intégrer le parti communiste cubain si on n'a pas été recommandé par un membre. Il ne suffit pas de payer une cotisation. D'ailleurs, pour ce qui est des élections, vous avez la moitié des députés de l'Assemblée nationale actuelle, qui est le principal organe législatif, c'est un parlement unicaméral, qui ne sont pas membres du parti communiste cubain. Donc ça, c'est la réalité. Alors, est-ce que le monopole... le monopartisme ou le parti unique est antinomique de la démocratie. Je crois que la démocratie a plus de 2000 ans d'existence et que le parti politique est une institution du XIXe siècle. Moi, je mets au défi quiconque de me trouver un texte de Socrate, de Platon, de Sophocle ou de Périclès qui parle de parti politique. George Washington, qui a été élu président des États-Unis, a-t-il été élu dans un système multipartite Ce n'est pas le cas. Donc le multipartisme est une réalité politique qui correspond à un certain modèle démocratique et à l'histoire de certains pays. Et le monopartisme correspond à l'histoire d'autres pays. Sous Batista, il y avait multipartisme. Ça n'empêchait pas qu'il y avait une dictature. Donc il faut comprendre les raisons historiques de... de cette union des forces politiques. Alors, à Cuba, pour parler des élections, pour pouvoir être élu, il faut être postulé par les électeurs. Comment fonctionne le système électoral cubain
UNKNOWN?
SPEAKER_01Que ce soit municipal, provincial ou pour les législatives, lors des moments électoraux, les Cubains se regroupent par circonscription et désignent eux-mêmes leurs candidats. Donc il faut désigner au minimum 2 candidats pour chaque élection et au maximum 8. Ce sont les propres électeurs qui désignent leurs candidats. Les parties, les campagnes électorales sont interdites parce que les Cubains estiment que c'est toujours le plus riche qui peut profiter des campagnes électorales. On affiche simplement, une fois que les candidats ont été désignés, on affiche leur CV sur la place publique, sur la place de la mairie, et lors des élections, les Cubains votent. Donc ce sont les électeurs. Réfléchissons un peu, je ne dis pas qu'il faille importer le modèle cubain en France. Mais à Cuba, la participation électorale va de 70 à 90% pour chaque élection. En France, nous avons un système multipartite. Quel est le premier parti politique en France
UNKNOWN?
SPEAKER_01C'est le parti de l'abstention. Nous avons 40% des électeurs qui ne votent pas. En France, qui désigne
UNKNOWN?
SPEAKER_01les candidats pour les différentes élections. Ce sont les partis politiques. Quel est le pourcentage d'électeurs français qui sont membres d'un parti politique
UNKNOWN?
SPEAKER_014%. C'est-à-dire que 96% des électeurs en France n'ont pas leur mot à dire pour le choix des candidats. Ils ont le choix uniquement entre les candidats désignés par 4% des électeurs. Donc je crois qu'il faut rester modeste dès lors qu'il s'agit de disserter sur la question de la démocratie et de donner des leçons au reste du monde. Cuba n'est pas la société parfaite. Elle a le modèle qui correspond, qui est le fruit de son histoire. Et je le rappelle, la démocratie, c'est le pouvoir au peuple. Moi, je me pose toujours la question de savoir, est-ce qu'en France, le peuple a décidé de la réforme des retraites
UNKNOWN?
SPEAKER_01Il y a eu une immense majorité de l'opinion publique contre la réforme de retraite, pourtant elle a été imposée. Donc peut-on donner des leçons, nous, aux Cubains
UNKNOWN?
SPEAKER_00Sur la question des droits de l'homme à Cuba, qui est constamment mise en avant dans nos médias, notamment, qu'en est-il réellement dans
SPEAKER_01l'île
UNKNOWN?
SPEAKER_01Alors, ne comptez pas sur moi pour vous dire qu'il n'y a aucune violation des droits de l'homme à Cuba. Je suis incapable de dire, d'émettre une telle affirmation pour le quartier où j'habite, à La Réunion. Donc je ne vais pas avoir la prétention de formuler une à l'échelle d'un pays de 100 000 km² et de 11 millions d'habitants. En revanche, si je veux me faire une idée précise de la situation des droits de l'homme à Cuba, je n'ai qu'à me référer aux rapports annuels publiés par une institution telle qu'Amnesty International. Et lorsqu'on lit le rapport annuel d'Amnesty International, alors il faut savoir qu'Amnesty International ne peut pas être taxée de pro-castriste ou de pro-cubaine, puisqu'elle n'a plus accès Au pays, depuis 1988, les autorités cubaines ont décidé que les rapports d'Amnesty International étaient biaisés et refusent l'entrée des envoyés spéciaux d'Amnesty International dans l'île. Mais vu l'expérience, vu le prestige, vu l'importance d'Amnesty International, c'est l'organisation qui est le mieux à même à formuler, qui a différents relais, une opinion et à rédiger un rapport sur la situation des droits de l'homme à Cuba. Lorsqu'on lit le rapport annuel d'Amnesty International, on constate effectivement qu'il y a certaines violations des droits de l'homme, des arrestations contre certains opposants politiques supposés ou avérés, des restrictions de la liberté d'expression, de réunion. Ensuite, une fois qu'on a fait ce constat, pour pouvoir formuler et avoir une image plus globale, il suffit de comparer le rapport annuel d'Amnesty International sur Cuba avec les autres rapports concernant le reste du continent. Et que constate-t-on
UNKNOWN?
SPEAKER_01Eh bien, le rapport le moins accablant du continent américain, du Mexique jusqu'à l'Argentine, ou l'un des moins accablants, est celui de Cuba. Moi j'invite les téléspectateurs à prendre le dernier rapport d'Amnesty International sur Cuba, à prendre le dernier rapport d'Amnesty International sur la France, à effectuer une comparaison des deux rapports, et vous allez être sûrs. surprise, le plus mauvais élève n'est pas celui que l'on croit. Voilà ce que je peux dire sur la question des droits de l'homme. Si je me limite à la définition médiatique et générale des droits de l'homme, parce que les droits de l'homme, c'est aussi l'accès à l'éducation, l'accès à la santé, l'accès à la sécurité sociale, l'accès à la culture, l'accès à la pratique sportive, au logement. Tout ça, ce sont des droits reconnus, des droits économiques et sociaux dont Cuba dispose depuis très longtemps. et qui ne sont pas une réalité dans d'autres pays du
SPEAKER_00monde. Malgré le blocus.
SPEAKER_01Malgré les sanctions économiques,
SPEAKER_00effectivement. Est-ce qu'il y a une liberté de la presse et une liberté d'expression, plus généralement, à Cuba
UNKNOWN?
SPEAKER_01Alors, l'intégralité de la presse à Cuba est contrôlée par l'État. les opposants politiques n'auront pas accès aux médias d'État pour exprimer leur opinion. Il faut savoir que la liberté d'opinion et la liberté d'expression est corrélée à la sécurité de l'État. pas tant à l'appareil, mais au fait qu'un État se sent sûr de lui-même. Plus un État se sentira sûr de lui-même, sans menace intérieure et sans menace extérieure, plus l'espace réservé à la liberté d'expression et à la liberté d'opinion sera ample. Plus un État sera assiégé de l'extérieur, notamment, plus l'espace des opinions sera réduit. c'est la fameuse maxime de San Ignacio de Loyola, le fondateur des jésuites, dans une forteresse assiégée, toute dissidence et trahison. Est-ce que maintenant, on peut aller à Cuba en prison
UNKNOWN?
SPEAKER_01pour avoir exprimé une opinion hétérodoxe. Je ne le crois pas. Il suffit de prendre les détracteurs les plus virulents du gouvernement cubain pour voir qu'ils continuent à s'exprimer sans problème. Prenez le cas de la blogueuse Joanny Sanchez, qui n'a jamais passé une journée en prison. Pourtant, elle accuse le gouvernement cubain de dictature, d'avoir assassiné des enfants, etc. Donc, la réalité... médiatique, la réalité de la liberté de la presse, la réalité de de la liberté d'expression à Cuba est liée au contexte géopolitique dans lequel se trouve Lille. Mais par ailleurs, pour pouvoir parler plus généralement de liberté d'opinion et de liberté de la presse, deux conditions sont nécessaires. Il faut que les médias s'émancipent du pouvoir politique et de deux, il faut qu'ils s'émancipent des pouvoirs d'argent, des puissances d'argent. En France, nous avons 9 milliardaires qui contrôlent 90% des médias. Nous avons une concentration des médias au sein des puissances d'argent souvent ces médias les puissances d'argent investissent dans des médias qui sont structurellement déficitaire c'est une aberration économique mais le but là ce n'est pas tant de faire des bénéfices par le biais de la presse et des médias mais de contrôler le cadre des opinions acceptables. Il est un exemple que je donne souvent pour expliquer comment s'opère la censure dans un pays comme le nôtre, par exemple. Si je dis, pour revenir à la question des droits de l'homme, selon Amnesty International, il y a certaines violations des droits de l'homme à Cuba. Je n'aurai aucun problème à le dire dans les grands médias en France. Si je dis de la même manière, selon Amnesty International, il y a certaines violations des droits de l'homme en France. Je n'aurai pas de problème à le dire pour affirmer une telle opinion. En revanche, si je dis, selon le dernier rapport d'Amnesty International, il y a davantage de violations de droits de l'homme en France qu'à Cuba, je n'aurai pas accès au cadre médiatique des opinions acceptables. Pourtant, ce sont trois vérités factuelles que l'on peut vérifier en consultant les rapports d'Amnesty International qui sont en ligne. Donc voilà comment on limite dans nos pays, dans nos... nos démocraties occidentales, l'espace réservé aux opinions
SPEAKER_00hétérodoxes. On parle aussi souvent des vagues successives des migrations vers les États-Unis. Pour pointer du doigt l'échec du système à Cuba, qu'est-ce que tu peux nous en dire
UNKNOWN?
SPEAKER_01Alors là, d'un côté également, il y a la rhétorique, il y a les postulats rhétoriques et il y a la réalité des chiffres. Si l'on prend les statistiques migratoires, qui sont disponibles pour ce qui concerne les migrations cubaines de 1820 jusqu'en 2020. Si l'on prend la réalité du phénomène migratoire, qui est un phénomène universel qui concerne tous les pays au monde, en 1958, avant l'avènement de la révolution cubaine, Cuba, qui était un petit pays de 6 millions d'habitants, occupé le second rang du continent en termes d'émissions migratoires vers les États-Unis. Je rappelle le postulat de base. Étant donné qu'il y a une forte émigration des Cubains vers les États-Unis, c'est la preuve de l'échec du système actuel à Cuba et du rejet de ses institutions et de sa forme de gouvernement. Ça, c'est le postulat de base. Mais il ne correspond pas à la réalité. 1959, je disais, Cuba, avant l'avènement de la révolution, occupait le second rang du continent en termes d'émissions migratoires vers les États-Unis. Elle n'était dépassée que par le Mexique, qui pour des raisons géographiques et démographiques évidentes, occupait le premier rang. Ensuite, il y a eu différentes vagues d'émigration de Cuba vers les États-Unis. En 1966, le gouvernement des États-Unis adopte la loi d'ajustement cubain, qui est un texte qui fait une page et demie. et qui stipule que tout cubain qui émigre légalement ou illégalement vers les États-Unis, pacifiquement ou par la violence, le 1er janvier 1959 ou après, obtient automatiquement au bout d'un an et un jour le statut de résident permanent et divers aides socio-économiques. 1er janvier 1959 ou après, c'est-à-dire que celui qui est arrivé aux États-Unis le 30 décembre 1958 ne peut pas exiger de bénéficier de la loi d'ajustement cubain. Il s'agit là d'un formidable outil d'incitation à l'émigration légale et illégale. A cela s'ajoute l'imposition des sanctions économiques qui constituent objectivement un facteur d'émigration vers les États-Unis. Étant donné que la situation économique est plus difficile à Cuba, les Cubains cherchent à vivre mieux matériellement. Prenons la réalité Migratoire, alors je vais faire une pause en 1994. En pleine période spéciale, on a souvent parlé de la fameuse vague des balseros vers les États-Unis. Les statistiques pour l'année 1994 sont disponibles. En réalité, la vague des balseros a davantage été une vague médiatique qu'une vague statistique. Pour quelle raison
UNKNOWN?
SPEAKER_01En 1994, Cuba n'occupait que le cinquième rang des pays migratoires. d'Amérique latine, émetteur d'émigrants vers les États-Unis. Alors, vous me direz qu'on ne peut pas comparer l'émigration du Mexique, plus de 100 millions d'habitants, à l'époque, avec Cuba, 11 millions d'habitants. Mais prenez un pays qui occupait un rang supérieur à celui de Cuba, le Salvador. 6 millions d'habitants, aucune loi d'ajustement salvadorien, pas de sanctions économiques, le Salvador émettait davantage de des migrants vers les États-Unis que Cuba. A-t-on utilisé cet argument pour pointer du doigt le Salvador et dire que le système capitaliste imposé, l'économie de marché ne fonctionnait pas
UNKNOWN?
SPEAKER_01Et c'était la raison pour laquelle les Salvadoriens quittaient le pays. Prenons les statistiques actuelles, 2020. 2020, Cuba occupe le quatrième ou le cinquième rang. Donc si l'on prend le postulat de base... à savoir les migrations constituent un thermomètre de légitimité d'un régime, on ne peut arriver qu'à la conclusion inverse. puisque Cuba en 1959 occupait le deuxième rang et qu'aujourd'hui, malgré les facteurs objectifs d'incitation à l'émigration, occupe le quatrième ou le cinquième rang. Voilà la réponse qu'on peut apporter.
SPEAKER_00Quelle est la situation de Cuba aujourd'hui
UNKNOWN?
SPEAKER_00Quelles sont les perspectives pour l'île
UNKNOWN?
SPEAKER_01Alors Cuba, malheureusement, est confronté à une situation économique qui est dramatique, extrêmement compliquée. On voit un peu une réminiscence de la période spéciale, puisque au-delà de... la conjoncture internationale qui est défavorable pour tous les pays au monde, à commencer par le nôtre. Cuba est sous sanctions depuis plus d'un demi-siècle. Les sanctions économiques, je le rappelle, constituent le principal obstacle au développement de l'île. Elles impactent, elles affectent tous les secteurs et toutes les catégories de la population, à commencer par les plus vulnérables.
UNKNOWNMerci.
SPEAKER_01Les enfants, les malades, les personnes âgées. D'ailleurs, l'immense majorité, je le disais tout à l'heure, de la communauté internationale condamne cet état de siège qui étouffe le pays. Je crois que malheureusement, peu importe qui sera le futur président, il n'y aura pas de modification substantielle de la politique hostile vis-à-vis de Cuba. Et les Cubains sont préparés à vivre. dans ce contexte géopolitique extrêmement compliqué où il y aura toujours la première puissance mondiale qui essaiera d'écraser un peuple, d'étouffer un peuple parce qu'il a choisi de prendre en main son propre destin. Je le rappelle, le principal péché commis par Cuba, ça a été de récupérer la souveraineté sur ses ressources naturelles et d'avoir procédé à une distribution plus équitable des richesses. Tel est le danger représenté aujourd'hui par Cuba. Et c'est la raison pour laquelle on sanctionne On sanctionne celui qui a osé briser les chaînes impériales et revendiquer son droit à vivre selon ses propres moyens dans la dignité. Et c'est la raison pour laquelle le conflit unilatéral, je le répète, asymétrique qu'imposent les États-Unis à Cuba n'est pas prêt de s'arrêter.
SPEAKER_00Et pour finir, est-ce que tu peux nous dire ce que symbolise la grande figure de Fidel Castro
UNKNOWN?
SPEAKER_00pour tous les Cubains et même pour les pays
SPEAKER_01du Sud. Je crois que l'on pourrait dire de Fidel Castro qu'il a trois principales caractéristiques. D'abord, c'est l'architecte de la souveraineté nationale. C'est celui qui a fait de Cuba une nation véritablement libre et indépendante, qui a brisé les chaînes du néocolonialisme, qui a récupéré les ressources naturelles du pays, qui a mis en place qui a placé au centre de sa politique la dignité de l'homme. Ça, c'est pour ce qui est... On a déjà évoqué ce qu'était la réalité de Cuba, de la Cuba néocoloniale, où le président des États-Unis a insulté dans un courrier son homologue cubain. Aujourd'hui, ce n'est plus possible. Donc, ça a été l'architecte de cette souveraineté, c'est celui qui a permis aux Cubains de retrouver leur dignité. Le deuxième aspect, c'est le réformateur social. C'est celui qui a placé au centre du projet de société l'être humain. En développant l'éducation, l'accès la santé, l'universalisation du système de protection sociale, en généralisant l'accès à la culture, en développant le sport. Donc ça, c'est l'aspect réformateur social. Et la troisième caractéristique, c'est l'internationaliste solidaire qui a toujours tendu une main fraternelle au peuple du Sud qui luttait pour leur émancipation. La première aide offerte par Cuba au pays du Sud, ça a été au peuples algériens qui luttaient pour son indépendance et c'est quelque chose que les Algériens n'ont pas oublié. Il faut savoir que malgré un contexte géopolitique extrêmement complexe avec l'hostilité imposée par l'administration Kennedy à l'époque, Cuba a aidé le FLN algérien en envoyant des armes pour l'accession à l'indépendance. Ensuite Cuba a multiplié le soutien au mouvement révolutionnaire et indépendant à travers le monde le cas le plus emblématique en Afrique ça a été le rôle décisif joué par les Cubains en Angola qui a permis à la fois de préserver l'indépendance du pays et de contribuer à la chute du régime d'Apartheid, du régime de Pretoria. Et ce n'est pas par hasard si le deuxième pays que Nelson Mandela a visité à sa sortie d'Afrique, ça a été Cuba. Le premier, ça a été l'Algérie, qui a également été la mecque des révolutionnaires, qui a accueilli tous les révolutionnaires du continent et qui a apporté une aide décisives à la nc et cuba qui a soutenu de façon résolue le combat des Sud-Africains pour la liberté. Je crois que ce sont là les principales caractéristiques de Fidel Castro et c'est la raison pour laquelle il jouit d'une image aussi prestigieuse à travers le monde. Il faut savoir que l'image désastreuse qu'on en a ici dans les pays occidentaux, en Europe, aux Etats-Unis, n'est absolument pas partagée par le reste du monde. On est minoritaire dans notre image négative de la figure de Fidel
SPEAKER_00Castro. Merci beaucoup. Salim.
SPEAKER_01Merci beaucoup, c'est un plaisir d'avoir échangé
SPEAKER_00avec le café marxiste. C'était très clair, et Cuba reste et restera un exemple pour tous les révolutionnaires et progressistes du monde.
SPEAKER_01C'est ça. Un exemple d'indépendance, de souveraineté, de dignité, malgré ses difficultés, malgré ses contradictions, qui sont inhérentes à tout processus émancipateur. Je crois que Cuba symbolise l'aspiration des peuples à l'émancipation.
SPEAKER_00Et donc je rappelle que tu as sorti récemment le livre Au nom de Cuba, Regards sur Carlos Manuel de Céspedes et José Martí. Donc n'hésitez pas à aller jeter, c'est très intéressant, très clair et c'est une très bonne synthèse sur ces deux figures de l'indépendance cubaine. Merci beaucoup. Merci, à bientôt.